
«Trou», œuvre multiculturelle et cahier d'artistes
Excellente cuvée pour une 13e édition qui réunit Daniel de Roulet, Martial Leiter, Jost Meier
Laurence Chauvy, publié le 15 décembre 2003 à 01:12.
Le 13e numéro de la revue Trou, éditée à Moutier et soutenue par la Fondation Sandoz notamment, ne dément pas sa réputation. Une réputation qui allie l'originalité du concept et la netteté de l'objet fini. A chaque édition, depuis 1979, contribuent un nombre restreint d'artistes invités – invités à collaborer bénévolement, comme travaille aussi le comité de rédaction. Pas de thème suggéré ou imposé. L'unité découle, tout naturellement, du caractère inédit des œuvres proposées et du choix des intervenants, ici les peintres Michel Haas et Yves Voirol, le dessinateur et peintre Martial Leiter, l'écrivain Daniel de Roulet et le compositeur Jost Meier. Ils rejoignent les quelque soixante créateurs qui ont déjà mis leur talent au service de la réalisation d'un ouvrage intéressant et beau.
Tout est soigné, chaque mot bien sûr, et sa mise en page, les tonalités de l'encre, du gris au beige, la qualité des reproductions pleine page. Plus qu'une revue culturelle, multiculturelle, Trou est une revue d'artistes, l'œuvre des artistes qui s'associent pour la concocter. Venu à la peinture vers l'âge de 30 ans, Michel Haas offre ses tableaux bricolés sur le thème des deux-roues. Le mot bricolé étant entendu au sens de poétique et d'inventif. Suivent les longues et hautes variations de Daniel de Roulet sur la nouvelle Tour de Londres, sa forme caractéristique qui pointe le ciel, ses occupants et leurs occupations, ses constituants de bonne constitution, des «500 000 écrous » aux «10 200 personnes au travail » et leurs opérations quotidiennes.
Martial Leiter, qui n'est pas seulement dessinateur de presse, fait rimer bombes avec tombes, dans une suite de dessins tragiques aux grandes échardes noires. Jost Meier réinvente le langage des oiseaux, tel que l'aurait entendu saint François d'Assise et tel que le figurent les portées musicales où chaque note évoque un coup de bec. Le Jurassien Yves Voirol, ancien élève de Goghuf, clôt la revue avec ses visions aquarellées et tachistes de Berlin, autant de flashes sur l'histoire et sur l'importance de la verdure dans cette ville.
Trou, revue d'art, n° 13. Moutier.

La revue d'art «Trou» perce la grisaille et la monotonie
En championne de longévité, la revue de Moutier fête son quart de siècle d'existence et publie un 14e numéro somptueux.
Laurence Chauvy, publié le 6 décembre 2004 à 01:03.
«Trou», quatorzième du nom, affiche la diversité de ses correspondants. La revue éditée à Moutier fête ses 25 ans: en 1979, quatre amateurs – Umberto Maggioni, Roger Voser, Georges Barth et Jean-Pierre Girod – décidaient de sortir des chemins battus. Pour cela, il suffisait de laisser s'exprimer les créateurs, au lieu de commenter leur travail. Aujourd'hui, ce sont plus de soixante dessinateurs, peintres, photographes, compositeurs et écrivains qui ont ainsi eu l'occasion non seulement de proposer des œuvres et de les diffuser, mais aussi de les concevoir et réaliser tout exprès.
En effet, l'un des principes de la revue consiste à ne publier que des pièces inédites, pour beaucoup créées spécialement pour elle. Un autre principe veut que l'on fasse voisiner les disciplines, les tendances, les œuvres les plus singulières. De cette manière, l'ensemble des numéros, dont chacun se présente comme un livre d'artistes, illustre l'art actuel, avec pour ancrage le territoire ou des amitiés suisses. Trou détient un record de longévité en Suisse romande, record d'autant plus remarquable que le comité de rédaction, aujourd'hui élargi à sept personnes, ne comprend aucun professionnel de l'édition.
Cinq noms s'ajoutent aujourd'hui à une liste où sont déjà inscrits ceux de Meret Oppenheim, Bram van Velde, Rolf Iseli, Rémy Zaugg, Carmen Perrin, Maurice Chappaz, Charles Juliet, Frédérik Pajak, et de bien d'autres moins connus. Les nouveaux venus ont derrière eux une carrière et une œuvre conséquentes. D'origine belge, vivant à Paris, Martine Franck, qui a travaillé à Life et a fait partie de la première agence Vu en 1970, rassemble une série de portraits d'artistes.
Dans ces portraits qui humanisent le processus créateur, on découvre l'artiste sénégalais Ousmane Sow frottant son œil fatigué, le sculpteur Etienne Martin, présence massive parmi les éléments tout aussi massifs de son travail, ou encore Tinguely, apparaissant lui-même comme une sculpture animée, au carnaval de Bâle en 1977.
Suit un travail véhément de Dado, alias Miodrag Djuric, qui dénonce la stupidité de la guerre, une suite de collages rougeoyants, auxquels un texte de sa fille sert de contrepoint; Aramante Djuric prolonge les rouges utilisés par son père en évoquant l'incendie du «moulin» familial lorsqu'elle était adolescente. Le texte de Georges Haldas qui arrive ensuite à la fois contraste avec cette mise en scène de la folie humaine et de sa beauté paradoxale, et lui apporte un semblant de réponse. L'écrivain genevois apparaît comme un commentateur des Evangiles et des heures de la Passion. Dans sa langue particulière, il nous livre ses visions et, si l'on veut bien se laisser happer par le rythme entrecoupé de ses phrases, il nous touche, nous rassure aussi.
Mario Botta dessine ses rêves d'architecte; il conçoit des vases qui ont l'air d'arbres et s'intitulent «architecture de table». Enfin, le peintre Jean-Claude Prêtre donne une impulsion logique à son travail d'interprète des mythes et des tableaux anciens lorsqu'il recourt à l'ordinateur. Celui-ci lui offre une facilité supplémentaire, celle de pouvoir assembler et ordonner divers éléments, sans que les coutures soient apparentes.
Trou XIV, revue d'art, Moutier.

L'art à fleur de «Trou»
Plasticiens et écrivains séduisent dans une revue unique en son genre.
Laurence Chauvy, publié le 5 janvier 2006 à 01:01.
Trou, fondé en 1979 à Moutier, est l'exemple d'une publication à la fois régionale, pour l'équipe rédactionnelle, certains artistes invités et le mode de fabrication, et d'un intérêt qui dépasse les frontières. Le quinzième numéro de cette revue annuelle accueille des plasticiens qui écrivent, des écrivains dont le texte est assorti de vignettes colorées, un peintre dont les peintures font écho au récit d'un écrivain.
Les artistes conviés participent gracieusement à l'opération, séduits par la qualité de cette vitrine, des pages amples et aérées, un graphisme impeccable, des coauteurs originaux. L'ensemble peut paraître disparate, mais il a le mérite de constituer un joyau à facettes. Dans ce numéro, l'association d'aquarelles, douces et épurées, de Gérard de Palézieux, réalisées en Sardaigne, et d'un texte de l'auteur fribourgeois Frédéric Wandelère, récit poétique sur d'autres îles, celles de Formentera et de Leucade, fonctionne harmonieusement. Suit une nouvelle, quelque peu alambiquée, de Sylviane Chatelain, dont le vol d'un pot de géraniums fournit le prétexte.
Ce sont ensuite des peintres et sculpteurs qui s'expriment; plusieurs remontent à leur enfance: le Catalan Josef Niebla, qui était venu exposer dans le Jura l'été passé, propose ici ses «réminiscences d'Afrique»; Boris Zaborov se souvient, lui, des impressions de ses jeunes années en Crimée, sortes de flashs liés à la nature; le sculpteur soleurois Schang Hutter, dont on découvre notamment un magnifique dessin exécuté à vingt ans, évoque son désarroi lorsqu'il apprit, à cet âge-là, les horreurs des camps de concentration. Le tout forme un feuilleté aux saveurs contrastées, mais dont aucune page ne «jure» avec les autres.
Trou XV, Moutier

La revue TROU et les réparations de CharlÉlie Couture
1 novembre 2008 — par Christian Gattinoni dans NÉCESSITÉS, RECENSIONS D’OUVRAGES
La revue annuelle TROU fondée à Moutier, Suisse, en 1979, publie son 18 ° numéro, elle poursuit son ouverture tous azimuts à la création plastique avec en couverture un portefolio de CharlElie Couture, le peintre Gian Pedretti y donne à voir ses cahiers d’esquisses inédits qui dialoguent avec les portraits peints et dessinés par l’américain Irving Petlin. Les architectes bâlois Herzog & de Meuron livrent les bases d’un de leur récent projet d’auditorium. La revue est constituée comme un espace de création que chaque intervenant, poète, plasticien, écrivain ou musicien s’approprie en accord avec l’équipe de rédaction.
Très à l’écoute de la diversité de la création dans ses différentes générations en Suisse, les responsables éditoriaux ont su convier au fil des numéros des créateurs aussi importants que Meret Oppenheim, Bram Van Velde, Pierre Alechinsky ou Rémy Zaug, des photographes comme Martine Franck ou Ferdinando Scianna ou, dans le domaine de l’écriture, Michel Butor ou Georges Haldas.
Gian Pedretti, né à Bâle en 1926, a d’abord expérimenté la sculpture avant de se consacrer à la peinture, on a pu apprécier en 2007 sa rétrospective au Centre Pasquart de Bienne , il nous donne ici les bonnes pages de son journal de travail, textes et esquisses dessinées.
Jacques Herzog et Pierre de Meuron, architectes bâlois ,sont connus pour la réalisation de la « Tate modern » à Londres et plus récemment ils ont produit aussi le « Bird’s Nest », stade national de Pékin pour les Olympiades 2008, ils nous proposent ici toutes les étapes de la conception du futur Auditorium du Jura, ensemble passionnant par la diversité des documents et la qualité de leur mise en page qui rend compte d’une pensée et d’un design architectural en progrès.
Irving Petlin est né en 1934 à Chicago, il vit à Paris et intervient en tant qu’artiste invité à la Pennsylvania Academy of Fine Art, le poète Rosemarie Waldrop, co-initiatrice des éditions « Burning Deck », introduit son portefolio de portraits en tant que « Miroir pour ce qui est sans image ». Elle évoque la séance de pause avec Edmond Jabès, quelques semaines avant sa mort comme fondatrice : « Petlin esquisse. Efface. Esquisse. Efface. A la fin de leur séance (Jabès a 78 ans, se sent fatigué), Petlin s’aperçoit qu’il n’a rien à montrer si ce n’est une surface couverte de traits de gomme. Illisible. Il a tout effacé.
Tu travailles donc comme moi, dit Edmond Jabès.
De retour à son atelier, Irving Petlin reconstitue le visage d’Edmond Jabès. Ce qui se dérobait au regard se donne à la mémoire. » Ce puissant portrait que Jabès ne verra jamais accompagne ceux de Claude Royet-Journoud, Meyer Schapiro, Dominique Fourcade, Edouard Glissant ou Jacques Roubaud.
En couverture et introduction de ce numéro CharlÉlie Couture développe sur une trentaine de pages, un portefolio, dessins et photographies, sur les « Artfloor de New York », tels qu’il en opère les « Reconstructions », occasion de revenir sur un parcours d’une réelle exigence, trop méconnu dans sa part plastique en France.
CharlÉlie, est né en 56 dans un environnement familial nancéen ; son père, de retour des camps de concentration en tant que déporté résistant, enseignant en art, s’affirme comme antiquaire, peintre et architecte, il lui fait pratiquer dessin et musique. La mère assure l’ascendant littéraire. Il mène un cycle complet d’études l’Ecole des Beaux-Arts de la Ville, il y pratique, comme c’était de mise à l’époque dans ces établissements généralistes, de nombreux mediums dont le super 8, période pendant laquelle il enregistre aussi son premier disque. Mais la France aime pouvoir savoir à qui elle a à faire, les doubles carrières y sont mal vues, l’identité comme la filiation doivent être simples à revendiquer et surtout à communiquer. Héritage pour héritage, il choisit de réunir symboliquement les prénoms de ses deux grands pères pour se donner un nom, les deux civilisations, judéo et chrétienne, y sont sous-jacentes, quant au patronyme familial qu’il conserve il annonce déjà sa capacité à mettre ensemble des éléments disparates. Il vient d’entrer dans l’ère des réparations.
Un premier long séjour, à la fin des années 80, l’emporte pour l’Australie où il développe et renouvelle sa pratique plastique. Avec textes , dessins et photos, il tente de nouer un dialogue plastique réparateur du sort des aborigènes. Un peu à la façon dont une chorégraphe comme Robin Orlyn travaille à réamender la mauvaise conscience des blancs d’Afrique du Sud, sa communauté.
A la fin des années 90 une très longue tournée organisée par les Centres Culturels Français du Ministère des Affaires Etrangères lui redonne un nouvel élan. Suite à quoi il décide en 2001 de partir vivre à New York pour que l’on regarde enfin son travail de plasticien sans y surimposer l’image du chanteur, pour tenter de réparer une culture des mots par une culture des actes de création. Il vit dans un des derniers quartiers industriels de New York, où l’on trouve de nombreuses fabriques de tissus, il se nourrit de son biotope et recycle papiers, cartons, tissus et palettes.
« Sur des surfaces de papiers collés, marouflés sur la toile de lin, je compose à partir de trois éléments que l’on retrouve sur chaque tableau. Il y a une fenêtre, un décor, des acteurs et personnages. »
Son site, ouvert dès 1993, lui permet de défendre et d’illustrer la multiplicité de ses pratiques. Son journal en ligne est nourri régulièrement et depuis plus d’un an il se donne un avatar, matérialisation plus actuelle d’un « Solo boy » qui lui permet une nouvelle liberté. Celui-ci croit que les gens le voient nu dans la cité, il en raconte les mésaventures en poète urbain de « Nu York » sur charlelie.com.
Son combat se revendique de plus en plus militant, ainsi ce même avatar dénonce une rencontre avec un institutionnel américain, travaillant à l’ONU, minimisant le réchauffement climatique.
Début 2002 la mort de son père se trouve concomittante de l’abandon du patronyme familial, la réparation se poursuit loin du territoire français, et Charlélie est devenu le nom d’un artiste plasticien, le petit milieu télévisuel de la variété franchouillarde lui fera payer l’affront en ignorant son dernier album, mais le public suit, et le milieu de l’art américain et européen ne s’y trompe pas. Il a travaillé depuis 1998 avec la galeriste Claire Gastaud de Clermont Ferrand et depuis quatre ans avec une autre excellente galerie, O quai des arts, à Vevey en Suisse. Elle lui consacra l’automne dernier une exposition prouvant l’intérêt de sa méthode de circulation des formes d’un médium à l’autre, ce qu’il expérimente avec brio dans la revue.

Quelques articles parus dans la presse


Journal du Jura, Yves-André Donzé, 5.11.2010

La Semaine, Dominique Dumas, 10.11.2010


Article paru dans le Biel-Bienne du 14.02.2007
Interview de Fernando Arrabal en novembre 2010 lors de l'exposition à la Villa Bernasconi à Lancy, par Lancy TV
Article paru dans le Quotidien Jurassien du 09.12.2006

Entretien avec Charles Juliet en novembre 2010 pour l'exposition à la Villa Bernasconi à Lancy.
Reportages de la RTS sur l'exposition à la Villa Bernasconi à Lancy, Genève.